Le modèle de gestion économique de l'eau est inadapté, jugent des économistes
Le modèle économique de gestion de l'eau est « inadapté » et doit être repensé, compte tenu des problèmes de sécheresse hydrique et d'une consommation des ménages en baisse, jugent dans une note publiée jeudi des chercheurs du Conseil d'analyse économique (CAE).
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Deux « principes fondamentaux » résument le modèle économique de l'eau en France, rappelle cette note : tout d'abord le principe « préleveur-pollueur-payeur », selon lequel le prélèvement de l'eau et les rejets polluants engendrés « doivent donner lieu à une contribution financière proportionnelle à l'impact environnemental ». Autre pilier du système, celui qui dit que « l'eau paye l'eau », autrement dit une facture qui repose largement sur les volumes consommés. En France, la part fixe (abonnement) représente en moyenne 13 % de la facture des usagers.
« Alors qu'une large part des coûts des services d'eau sont fixes, la baisse structurelle des consommations, encouragée par les politiques de sobriété, fragilise leur financement », s'alarment dans cette note les universitaires du CAE, un organisme rattaché à Matignon, pour qui le système « apparaît aujourd'hui inadapté ».
Depuis l'été 2022, marqué par une sécheresse historique, la baisse de consommation d'eau des ménages s'est accentuée, tendance qu'encourage le plan Eau présenté par l'exécutif quelques mois après cet épisode, qui prévoit notamment une baisse de 10 % des prélèvements d'eau d'ici 2030.
Afin de s'adapter à cette nouvelle donne, le CAE formule une dizaine de recommandations, au premier rang desquelles « renforcer la part fixe de la tarification » de l'eau pour couvrir les coûts structurels et notamment le mur d'investissements à venir pour moderniser des infrastructures vieillissantes.
Le CAE rappelle ainsi que le taux de fuite moyen s'élevait en 2019 à près de 20 %, provoquant la perte chaque année de près d'un milliard de mètres cube d'eau en France, « l'équivalent de la consommation de 18 millions d'habitants ».
Autre préconisation, « développer les expérimentations de tarification saisonnière ou modulée selon la disponibilité de la ressource afin d'envoyer un signal-prix plus incitatif en période de tension hydrique », notamment dans les territoires dont la fréquentation augmente l'été en raison du tourisme.
Le CAE prône également un « regroupement des services d'eau et d'assainissement », particulièrement éclatés en France par rapport à ses voisins européens : alors que celle-ci compte quelque 13 000 collectivités gestionnaires de plus de 24 000 services de l'eau potable et de l'assainissement, la Pologne compte 2 700 opérateurs, la Hongrie en compte 40, les Pays-Bas une dizaine, selon cette note.
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